3 questions à… Paul Neau, expert en énergies renouvelables

3 questions à… Paul Neau, auteur de l’ouvrage « Plaidoyer pour la transition éolienne et solaire. Réponses à 100 idées reçues ». Ed. rue de l’Echiquier

Paul Neau, expert en énergies renouvelables, fondateur du bureau d’études ABIES, formateur, consultant et pilier de négaWatt, poursuit ici son travail de lutte contre les idées reçues, entamé courageusement et de longue date sur X, LinkedIn, mais aussi par une participation infatigable aux débats publics. Dans « Plaidoyer pour la transition éolienne et solaire. Réponse à 100 idées reçues » (en fait 103, il a apparemment été difficile de choisir), il propose une vision plus globale. L’ouvrage, accessible et toujours bien sourcé, informera en même temps qu’il fournira des arguments aux citoyens, aux élus, mais aussi aux journalistes et aux professionnels de la transition énergétique.

ENR pour tous : des éoliennes qui tuent les baleines, perturbent les champs magnétiques et nuisent à notre santé, des panneaux solaires qui mettent le feu…. Comment expliquer que les énergies renouvelables cristallisent autant d’angoisses contemporaines ?

Paul Neau : comme toute nouveauté, les outils de captation de vent et du soleil que sont les éoliennes et les panneaux photovoltaïques suscitent des interrogations légitimes. Ceci étant, une trentaine d’années après le début du déploiement des premières installations éoliennes et solaires, nous connaissons et maîtrisons leurs effets négatifs (et leurs conséquences positives !).
Mais ces interrogations sont reprises, déformées, amplifiées par des personnes dont les motivations sont le plus souvent en faveur d’énergies conventionnelles, fossiles ou fissiles, concurrentes.
Et puis, dans notre monde de buzz d’informations, les discours « contre » se propagent plus vite et plus fort que les messages « pour ».

ENR pour tous : à l’inverse, comment faire revenir de la rationalité, par exemple en termes d’ordres de grandeur (de surface, de coût, de rentabilité), dans un débat sur la transition énergétique qui reste très technique, dont pas si facilement appropriable, ce qui pose un vrai enjeu démocratique ?

Pau Neau : il faut prendre le temps d’expliquer toujours et partout, patiemment, de répondre point par point à toutes ces idées reçues. C’est le pourquoi de mon plaidoyer qui balaie plus d’une centaine de sujets, qui donne des réponses approfondies (l’ouvrage fait plus de 350 000 caractères) et sourcées (il y a plus de 200 références bibliographiques). On doit passer par cette étape de réponses, notamment car il y a des interrogations sincères.
Je crois que mon plaidoyer est un ouvrage pédagogique (les retours de mes premiers lecteurs me le confirment) ; d’une part j’ai appris au fil des ans notamment sur les réseaux sociaux à expliquer simplement les choses ; d’autre part j’ai bénéficié d’un travail formidable de relecture de mon éditeur Rue de l’Échiquier.
Les 103 réponses aux idées reçues peuvent se lire indépendamment, au gré des besoins et des interpellations.
J’essaie également de prendre du recul : oui la transition renouvelable va consommer des matériaux mais c’est sans commune mesure avec les volumes des combustibles fossiles qui, de plus, sont à usage unique. Et je plaide pour la transition énergétique : sobriété + efficacité + renouvelables, selon le principe que le kWh le moins polluant est celui qui n’est pas consommé et n’a donc pas besoin d’être produit.

ENR pour tous : après plus d’une décennie de désinformation « profonde » sur les énergies renouvelables en France – contrairement à ce qui est observé en Europe et dans le reste du monde – comment faire machine arrière, et toucher le grand public, les journalistes ou les politiques (qui se font souvent les échos d’une opinion publique générale) ? Avec quels messages et quels media ?

Pau Neau : quelle que soit la désinformation ou la fake news, il faut y répondre car elle laisse une empreinte sur celui qui l’entend ou la lit. Y répondre peut être fastidieux, surtout qu’il faut deux minutes pour lancer une rumeur mais énormément plus pour y répondre ; en effet, on demande une réponse argumentée alors que l’on ne demande pas cette justification à la personne à l’origine de la rumeur.
Mon plaidoyer a aussi le mérite de fournir des réponses actualisées, ce qui est un gain de temps pour répondre. Il donne des réponses factuelles pour des débats sereins. Le ton du message et du messager est tout aussi important.
Avec l’éolien et le solaire, nous avons deux outils pour construire un monde plus résilient face aux nombreuses crises qui menacent l’humanité. Deux outils qui lèguent des bienfaits et des rentes aux générations futures et non pas des dettes et des fardeaux, comme les gaz à effet de serre. Depuis une quinzaine d’années nous assistons à un déploiement massif des productions éoliennes et solaires à l’échelle mondiale, il faut le montrer et le répéter ; et je le montre dans mon plaidoyer.
Tous les messages qui racontent cette formidable percée de l’éolien et du solaire sont autant de réponses aux fake news qui circulent. Il faut aussi être offensif.

paul neau plaidoyer