Le monde sans fin, le corrigé

par | 2 Mar, 2023

En très peu de temps, tout semble s’être mis au vert pour une relance du nucléaire en France. Il aura suffi d’une « décision » prise en fin de mandat par Emmanuel Macron de relancer les EPR et d’une guerre en Ukraine qui a alerté à la fois sur la dépendance aux énergies fossiles russes (même si la France est peu concernée), le tout couplé à la perspective effrayante de pénuries de tous ordres. Et tout s’inverse : c’est urgent ? Le Président décide avant de débattre, le Sénat légifère avant de programmer, et le débat public sur la construction des EPR est vidé de toute substance. C’est risqué ? On supprime l’IRSN, l’organisme chargé d’expertiser la radioactivité. C’est cher, et personne ne voudra le financer ? On pense puiser allégrement dans le Livret A. Tout argument sur les alternatives semble totalement inaudible, porté par une union sacrée politique et industrielle.

Et pourtant, rappelons-nous : en 2012 nous nous apprêtions à lancer une réduction ordonnée de l’atome, avec une vision de long terme. En 2017 le fraîchement nommé ministre de l’Écologie Nicolas Hulot parlait dès sa nomination de fermer rapidement des réacteurs…

Dans le même temps, la Chine met en service chaque année, uniquement en photovoltaïque, plus que l’ensemble de la puissance nucléaire installée en France en 30 ans. Les coûts de l’éolien et du solaire sont divisés par 10, ceux des batteries par 6. L’Europe et le monde lancent la révolution de l’hydrogène et du stockage. Nos voisins européens développent aussi à un rythme incroyable les énergies renouvelables, tout en maintenant, par exemple pour l’Allemagne ou l’Italie, leur choix de sortie du nucléaire. Le GIEC ne voit clairement pas dans le nucléaire une partie substantielle de la solution.

Mais quelle est donc la raison de cette exception nationale et de cette bizarrerie démocratique ? Sommes-nous différents des autres, ou simplement guidés par des données et un « logiciel » obsolètes ? Sur quels constats techniques cette orientation pour une relance du nucléaire en France semble se jouer ? Nous souhaitons démonter, à l’occasion d’une lecture critique de Le
monde sans fin, quelques mécaniques à l’œuvre, dans ce livre et au-delà.

Par Ghislain Dubois et Nicolas Caruso

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