Les attaques contre les énergies renouvelables se multiplient à travers le monde, et la France n’est pas épargnée. Le débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie en cours semble aggraver encore la propagation de fausses informations à l’encontre des énergies renouvelables.
Les parlementaires sont notamment la cible privilégiée de cet intense travail de lobby. Tous ou presque ont notamment reçu une note produite par le Cercle d’étude réalités écologiques et mix énergétique (Cérémé). Appelée « Comparaison des coûts complets de l’électricité », cette note du Cérémé cherchait à prouver, sources « les plus fiables » à l’appui, que « les énergies renouvelables intermittentes (solaire, éolien terrestre et en mer) ont des coûts de production plus élevés que le nucléaire « nouveau » ».
Les experts de l’association énergies renouvelables pour tous, par lesquels Frédéric Fortin, expert financier dans le domaine des infrastructures, désigné expert financier en 2020 par la Commission d’Enquête du Sénat portant sur l’évaluation de l’équilibre financier des concessions d’autoroutes, ont décidé d’en réaliser l’analyse critique. En effet, la note est truffée d’omissions et d’erreurs et ne résiste à aucune analyse sérieuse :
1. Les coûts du capital doivent être différenciés en fonction du risque associé aux technologies analysées, alors que l’étude proposée donne une seule valeur pour toutes les technologies
2. Les données sont utilisées avec des dates de référence non homogènes, la fourchette allant de 2013 à… 2050
3. L’étude fait l’impasse sur les coûts cachés de la filière électronucléaire (budget du CEA, coût du centre d’enfouissement de Bure, coût du renouvellement complet du site de la Hague…)
4. Les durées de conception et de construction des projets d’énergies renouvelables et nucléaire sont incohérentes avec la réalité
5. Les coûts de raccordement et de construction des centrales solaires sont surestimés de manière importante et les coûts de construction pour le nucléaire sont sous-estimés
6. Les coûts d’exploitation sont sous-évalués pour le nucléaire et surévalués pour les énergies renouvelables
7. Les coûts des intérêts intercalaires comme ceux du financement sont mal évalués et dérogent aux règles élémentaires utilisées dans ce type de calcul
8. Une mauvaise évaluation des coûts « systèmes » d’intégration des technologies
9. La méthodologie du calcul du LCOE utilisée par le Cérémé est mal maîtrisée : elle est appliquée au nucléaire historique contrairement aux pratiques de la CRE ou de la Cour des Comptes et présentée sans fourchettes d’incertitudes comme le veut la pratique
10. L’étude proposée ignore les gains en termes de réduction de gaz à effet de serre amenés par l’usage des énergies renouvelables tout en négligeant l’impact environnemental des centrales nucléaires.
Au-delà de la pollution générée dans le débat public, ce genre de prise de position conduit à justifier l’inaction, et ainsi à retarder la décarbonation et le développement d’un mix énergétique plus compétitif en France.
Lire le rapport d’analyse complet 👉 Etude_Cereme_analyse_énergies renouvelables pour tous